FAREBERSVILLER

30.05.11

Avant-propos en guise de campagne

...............................................................................................................................................

 

« Une vie très dure nous attend »,

disait mon professeur de civilisation.

Et il parlait en connaisseur.

 * * *


Nous allons traverser l’étendue : terrains vagues et longueur des rues que l’on voit par les vitres des tramways ; le voyage, long, nous prendra notre vie et nos visages, apprêtés comme pour une garden party à l’Elisée, nos visages tristes sont des masques. Nous allons traverser l’étendue des déserts où l’on voit mourir les aventuriers audacieux, et nous devrons pourtant parvenir debout de l’autre côté.

Voici, car il nous faudra pour la traversée, nous si égoïstes, si profiteurs de solitude agacée, il nous faudra courage et compagnons empathiques, voici la liste partielle, encyclique en l'état, celle que ma mémoire m’a permis de rassembler de ce fier équipage, les mousses et les mickeys, ceux idéals pour nous autres.

 

...............................................................................................................................................

Posté par ColvillePetipont à 13:13 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , ,


Erratum

Suite à une erreur de programmation du site canalblog, les publicités de ce blog ne s'affichent pas comme il le faudrait. Il vous est donc demandé pour les lire d'en changer tous les noms de marques ou de lieu par le nom "FAREBERSVILLER". Merci de votre compréhension. 

Posté par ColvillePetipont à 13:48 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
31.05.11

Préludes :

utopies

Par Adrien Subiela

 

Jusqu’à ma mort peut-être, j’entendrai la voix de ma mère dire : « J’aimerais tellement avoir une grande maison où, tous, je vous mettrais en sécurité. » Je la revois malade, allongée dans son lit ; nous lui ramenions le dernier exemplaire de Côté Sud magazine ; dans notre maison étriquée, elle tournait les pages, le papier glacé et épais, où s’étalaient les grandes demeures lumineuses, au bord de mer, où vivaient certainement des personnes dignes, puits de richesses, qu’elle n’imaginait pas seulement pécuniaires, mais bien plus : d’une grande noblesse d’âme. Au téléphone, quand sa voix répète, toujours la même vieille phrase, je dis : « Steuplé, maman, envoie-moi déjà ce papier, j’en ai besoin pour avoir mes bourses. » En secret, sans le lui dire, je partage avec elle, traîne en moi ce fardeau qu’elle nous a légué, mon utopie de poche, faite des mêmes rêves.

Posté par ColvillePetipont à 13:16 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , ,
03.06.11

I : Synthésie City

Nous vivions dans une toute petite maison de trois étages. Chaque étage était étriqué au possible, nous avions donc très peu de meubles, et ma sœur, mon frère et moi partagions le premier étage. Cela se présentait à peu près de cette façon :

plan 1 

Je pourrais vous raconter de très nombreuses choses sur cette maison : comment nous l’avons trouvée ; ce soir où ma mère qui était dépressive, fatiguée de l’énergie que nous déployions à trois, dans un accès de rage s’acharna nerveusement avec le couteau à pain sur le dos d’une chaise qui s’en souviendrait des années plus tard ; la nuit où je m’évanouis dans les toilettes du rez-de-chaussée ; la fois où mon frère Geoffrey et moi, ayant invité la petite voisine, lui avions fait un chantage pour voir ses seins ; ou bien encore cette autre nuit où Robert, le père de ma petite sœur Aurore, encore plus dépressif que ma mère, et drogué et bourré, s’était griffé le visage, puis était allé errer en ville avant de revenir tambouriner à la porte en hurlant, et nous quatre, ma mère, Aurore, Geoffrey et moi, nous étions enfermés au dernier étage dans la salle de bain. Mais, pour une raison qui m’échappe, le souvenir qui s’est le plus imposé à moi, après toutes ces années, est celui d’une semaine où par le fruit du hasard Aurore et moi étions tombés malades au même moment. J’avais alors douze ou treize ans et ma sœur quatre ou cinq.

 plan 2

Et cette fois là, dans la chambre à peu près disposée comme sur le schéma ci-dessus, nous avons organisé une grande aventure qui nous a tenu le temps de la convalescence. Laissez-moi vous conter l’histoire de Synthésie City.

Une grande guerre s’annonçait. Dans chaque camp (les lits), les armées se préparaient, chacune engageant pêle-mêle un fourre-tout de soldats bigarrés : termitors, cosmix, babies, tortues ninja, un chevalier du zodiaque qui serait d’abord chef d’armée puis lead-singer de chorale, l’ours cuisinier des restaurants Flunch, legos animals, peluches et toute figurine de plastique attendant dans nos caisses. Mon armée prête, en formation à l’étage inférieur des lits superposés (voir carte), un bataillon de termitors fut détaché pour partir en éclairage. Un termitor ressemblait à ça :

 termitor

Ayant traversé la chambre, le groupe de termitors rejoignit le lit d’Aurore. (Le lit d’Aurore avait été réalisé par son père qui à une époque avait monté son entreprise de menuiserie ; elle s’appelait « Bois de Cœur » et mon grand-père s’amusait ingénument à l’appeler « Cœur de bois ». Nul doute que si ma mère et lui n’avaient pas été aussi torturés, malades et noyés dans d’éternels deuils fantômes, forts de leur amour, ils auraient pu aujourd’hui se retrouver à la tête d’une de ces communautés hippies, vivant dans une grande maison au cœur de la campagne.) Les termitors contournèrent le camp et, arrivant par derrière, pénétrèrent entre les rangs desserrés. Après revue des troupes, après surtout l’accueil chaleureux qu’avait réservé Ours cuisinier de Flunch, il fut considéré que faire une guerre n’était pas tellement amusant et tout le monde se réunit, formant une caravane endiablée que les termitors, chantants et dansants, conduisirent jusqu’au camp des lits superposés. L’on s’y retrouva en grande joie et fanfare.

On décida de construire harmonieusement, au cœur des terres, à même le sol de la chambre, une ville. Nous la nommâmes Synthésie City. Pour la diriger furent élus à l’unanimité et à égalité, partageant les pouvoirs et ne prenant les grandes décisions qu’avec l’accord de l’assemblée : Chevalier du zodiaque sans armure et Ours cuisinier de Flunch. Une grande fête fut organisée et à l’occasion fut écrit l’hymne communal dont les paroles étaient : « J’aime la melone, j’aime la melone, à Synthésie – Ci – ty ! » Aucun chercheur n’a jamais éclairci avec précision la signification de ce message, et nous ne saurons jamais si « melone » était un féminin de « melon » ou s’il aurait plutôt fallu écrire « Gemme Lamelone » voire « Gèmelamelone » tout attaché, à l’instar d’un abracadabra. Ce fut bien entendu le maire Chevalier du zodiaque, démontrant ses talents en déhanché dignes de monsieur Michael Jackson, qui entonna cet air mémorable (avec ma voix d’adolescent qui muait, passant du très aigu au très grave sans prévenir), aidé par le chœur de tous les citoyens (que ma petite sœur voulu bien incarner). Aujourd’hui encore, alors que j’ai dépassé mes vingt-cinq ans et qu’Aurore approche de ses dix-huit, cette chanson – avec celle de « Pour être un vrai Taboula, faut manger du taboulé » – fait toujours partie du Top-ten que nous partageons.

Il va de soi que la parfaite harmonie, l’équité, le partage, les menus équilibrés d’Ours et les chorégraphies efficaces de Chevalier du zodiaque qui étaient les bases de toute la société que nous avions en ce temps créée, sont encore en nous comme les attentes dernières, les inévitables facultés, celles que nous demandons et attendons de toute chose.

≈ ≈ ≈ ≈ ≈

Nous avons tous trois en nous des souvenirs de repas au bord de la rivière, de petits villages et de communautés hippies, celles de nos parents, qui s’y créaient ; un désir de justice et d’être entendus, de détruire les hiérarchies et les dogmes ; des libertés, des horizons trop grands, dont nous ne pouvons nous défaire.

[AS]

Posté par ColvillePetipont à 12:22 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , ,
05.06.11

II : Watercloset World

Début décembre 2003, il y a eu à Marseille d’épatantes inondations. Un soir, des fenêtres de la cité U, nous voyons tomber des litres et des litres d’eau. Toute la nuit nous entendons la pluie qui ne s’arrête plus. J’étais dans le lit, serré contre Virginie, dans ce lit une place de la chambre 9m² du bâtiment B, où elle m’hébergeait clandestinement. Nous n’étions pas les seuls à partager illégalement des chambres pour une personne à deux. Il y avait aussi Delphine et Nicolas : elle suivait des études pour être aide soignante et faisait un stage en soins palliatifs, et lui voulait devenir pilote et s’endormait, les soirs où il était seul, l’ordinateur allumé vrombissant des bruits de moteurs d’avions. Il y avait aussi Ahmed et Mustapha et certaines fois la copine de Mustapha – savoir comment ils pouvaient tenir ainsi entassés restera un mystère. Certains soirs nous restions dans le couloir, dans la cuisine commune, dans une des chambres, à plusieurs, jusqu’à tard, souvent pour ne rien faire d’autre que ne pas se coucher. Il y avait Raphaël, l’ami de cité U de Virginie, son voisin de palier dont j’étais un peu jaloux, et un peu plus loin le grand Jérémie. Tous les quatre, plusieurs de ces soirs, emportant notre repas et parfois même des suppléments comme boîtes d’haribos, nous avons suivi, sur l’ordinateur de Jérémie, dans sa chambre, serrés sur son lit, d’abord l’intégrale de Neon genesis Evangelion, puis de Visions d’Escaflowne. Nous nous retrouvions ainsi souvent, installant rythme et habitudes rassurantes ; ce simple couloir était déjà en soi une petite communauté protectrice.

Et cette nuit du 1er décembre, où je m’endormis tard, elle aurait pu être la promesse de l’éternité pérenne de ce cocon. Au matin, quand nous arrivons dans la cuisine, nous pouvons voir par la fenêtre, descendant l’allée en contrebas, les voitures des courageux dont les roues s’enfoncent dans des torrents d’eau. Alors que je m’apprête à faire chauffer l’eau pour mon café soluble, Delphine déboule dans le couloir, les jambes trempées, elle revient des arrêts de bus. L’entrée de la fac est impraticable et les bus ne viennent plus jusqu’ici. Comme elle n’a plus moyen de se rendre à l’école de médecine, en plein centre ville, elle retourne se coucher. Nous décidons d’aller voir par nous-mêmes l’état des choses ; nous partons en expédition avec Virginie, Raphaël, Jérémie, Marc, un autre voisin et, sorti de nulle part, Christophe. La route jusqu’au portail est devenue une rivière ; à l’entrée de mini-lacs se sont formés.

waterworld

La pluie ne s’est toujours pas arrêtée. Le ciel est plein de lourds nuages. (J’entends d’ici ma mère dire : « Les enfants, je crois que c’est la fin du monde. ») Nous sommes rentrés à la cité U. Dans la cuisine, tous ensemble, nous avons fait un petit déjeuner gastronomique pour lequel chacun avait vidé son placard. L’imprévu, l’inhabituel de cette situation, l’intimité née du cloisonnement soudain et obligé, la sorte d’état d’urgence que créait la crue, participaient à rendre ce lieu étroit comme celui de toutes les confessions, ou bien d’une confiance absolue en chacun de nous ; le lieu de la remise à zéro de tous les compteurs ; chacun neuf et innocent ; chacun membre des survivants de la grande tempête.

J’ai fait le rêve d’un petit monde noyé, du bâtiment B cerclé d’eau. J’ai vu l’image de Marseille inondée, et nous, vivant dans ce couloir, réunis dans la cuisine commune autour des plaques chauffantes, ou, si celle-ci et l’électricité ne fonctionnaient plus, autour d’un feu que nous aurions allumé dans le hall. Dehors, ce serait la tempête éternelle et l’eau coulerait à flots sans jamais s’arrêter – les voitures ne rouleraient plus jamais. La société que nous connaissons disparaîtrait, nous n’aurions plus qu’à survivre dans ce monde de chaos, qui nous irait bien mieux et dans lequel nous nous sentirions vivants. La vie ne serait plus faite que de feus de camps, de chansons, de repas entre amis. Nous irions en pirogue, faire de la plongée dans les supermarchés dévastés ; et, quand ceux-ci seraient vidés, alors les animaux sauvages auraient repris leurs aises et surgiraient de partout, avec la nature renaissante, et nous, devenus indigènes de cette jungle, nous serions chasseurs et cueillerions des baies.

aventurier Oui, ce jour là, alors qu’ensuite les autres étaient partis en cours, car la crue des eaux n’était pas encore assez haute pour les empêcher d’atteindre les bâtiments de la fac, resté seul, de la fenêtre de la chambre 9m² de Virginie, au bureau où je dessinais peut-être, je regardais dehors la pluie qui tombait à n’en plus finir et j’espérais qu’elle ne s’arrête pas. Je me voyais torse nu, cheveux lâchés, la barbe épaisse, le visage tanné par le soleil, dans un vieux jean déchiré et pieds nus, je me voyais en aventurier du Waterworld.

Et puis le lendemain, la pluie a cessé. Tout est redevenu normal.

≈ ≈ ≈ ≈ ≈

Je sais encore qu’aujourd’hui, quand nous posons nos pieds, en une quelconque place, nous ne pouvons que nous efforcer, sans plus aucun contrôle, de nous dissiper, nous faire multiples et bruyants ; à la fois héroïques combattants pour la justice, à la fois agitateurs et insolents ; de façon à toujours provoquer nos prochains, les déstabiliser, leur montrer que rester droit et dans la norme sociale n’est pas une fin en soi ; montrer qu’il existe autre chose que ce que l’on voit.

[AS]

Posté par ColvillePetipont à 16:28 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : , , ,
07.06.11

III : Le village de Mucchielli

Maud me téléphone. Maud, c’est l’amie de Camille, elle l’a chargée de trouver quelqu’un pour passer un test, pour son devoir de psychologie. Elle me dit bonjour, demande si ça va, si je suis toujours d’accord, je dis que oui bien sûr, que Camille m’en a parlé. Je m’attends à des papillons en ombres chinoises, et veux savoir si ce sera de dire à quoi nous font penser ces images qu’on nous montre.Elle me dit qu’en quelque sorte il s’agit bien de ça. En vérité ça ne sera pas le test de Rorschach, sauf qu’elle ne m’en dit rien, pour ménager la surprise. Nous prenons rendez-vous.

Elle m’accueille dans sa chambre, qu’elle a bien rangée, ne laissant dépasser rien qui puisse présager de ce qu’est sa vie, qui serait déplacé face à un presque inconnu ; mais elle pense que le fait que la « passation » s’y déroule, dans ce lieu qui est son espace intime, qu’elle habite et qui lui appartient, invite à la confession. Nous nous disons bonjour, échangeons quelques banalités sympathiques, puis elle me présente d’un geste discret la mallette qui est posée, seule en évidence, sur son bureau autrement vide. Elle l’ouvre. A l’intérieur : des figurines en plastique, des animaux et des gens, de petites maisons en bois, des arbres Lego, de petits objets divers, en plastique eux aussi, des bouts de pâte à modeler, des craies de couleur et un plateau de bois. Visiblement étonné, je considère le tout ; sûr que je ne m’y attendais pas et que jusqu’à ce qu’elle ouvre la mallette j’avais encore en tête les formes de papillons noirs, m’attendant à sonder en moi pour me déchiffrer. Maud, qui a posé un petit magnétophone au coin de la table, qu’elle allumera plus tard, et qui a en mains un bloc note et un stylo, m’annonce la consigne : construire un village imaginaire dans lequel je vivrais.

Elle notera qu’après quelques secondes d’inaction, où je restai à contempler le contenu, je me mets en action, semblant avoir dessiné déjà un plan dans ma tête. Elle s’assoie derrière moi, d’un point où elle puisse observer tout ce que je fais, sans que je ne fasse plus attention à sa présence. Toujours debout, je me penche sur la mallette et l’inspecte pour de bon : je récupère toutes les figurines, les trie, en garde certaines et range les autres. Je me plains : « Y a pas beaucoup de madames ! » ; mais elle ne pipe pas mot, m’indiquant que la discussion bonne franquette ne fais pas partie du jeu, pas encore. Alors je me concentre sur mon village et m’occupe d’en choisir les habitations, sélectionnant en priorité celles que Maud, dans son bloc note, appelle « figuratives ». Je conserve donc : un bar, une discothèque, un hôtel, une usine, une grande maison privée, une petite maison privée. Puis je place à côté, en petit tas, les maisons « neutres », celles qui ne sont que de simples cubes de couleurs. Sans prendre la peine de regarder, je prends tous les animaux et les pose sur le plateau (je suppose que dans mon esprit enfantin, les animaux ont plus de valeur sympathique que les êtres humains et que je m’impose donc de ne pas faire pour eux de sélection). Saisissant une poignée d’arbres, j’en fais un tas quelque part. Il y a aussi un grand nombre de panneaux de signalisation : après les avoir soupesés, je décide de ne garder que le panneau priorité, que je pose avec ma réserve. Enfin je choisis un pont, deux murs, une pompe à essence, une colonne, un clocher et des craies de différentes couleurs.

Je scanne minutieusement tout ce que j’ai sorti, alors satisfait, je m’assieds. Maud, derrière moi, a noté sur son bloc note que : je suis très organisé, choisissant les éléments par catégorie, semblant sûr de ce que j’entreprends (qualité que je ne me reconnais pas dans la vie) ; ne revenant jamais sur mes décisions, mes actions s’enchaînent dans un rythme continu.

Maintenant assis, je considère avec plus d’attention mes figurines, une par une, et en rejette un certain nombre : les gendarmes et les militaires (« Il rejette avec une certaine fierté, note Maud, tout ce qui est susceptible de représenter l’ordre »). Comme un petit enfant, faisant ce geste calculé, je jette un rapide coup d’œil à Maud, m’assurant que ma maman, ma maîtresse, mon amoureuse secrète, a bien vu comme j’étais malicieux. Je dispose maintenant les cubes en arc de cercle en haut du plateau ; puis les maisons figuratives plus au milieu ; au centre, je réunis, avec grand intérêt et application soignée, la pompe à essence, le clocher et la colonne. Ce qui m’amuse grandement. J’éparpille les arbres, d’une façon que je crois aléatoire, mais Maud notera que se distingue de nouveau un arc de cercle ; je les ai bien mélangé pour que l’ensemble soit autant hétéroclite qu’homogène. Je trace, à la craie bleue un cours d’eau. Je dispose les personnages majeurs. Dans la valise, je récupère la pâte à modeler, ce ne sont que des morceaux durcis et inutilisables ; mais je les dépose devant mon assemblage (pompe+clocher+colonne), pas bien loin du curé qui les montre. machineJe place le panneau prioritaire au bord du plateau. Je disperse les animaux, les mettant par deux : une vache, une panthère ; un chien, un cochon ; un lion, un cheval. Je suis encore très fier. Je place les derniers personnages. Je considère le tout, j’ai l’air satisfait. Je me retourne tout content vers Maud et je dis : « Voilà ! »

 Tu as fini ?

 Oui.

 Est-ce que tu peux me montrer, explique-moi ce que tu as fait.

Alors je lui raconte tout :

 C’est un village fermé sur l’extérieur du monde. Là-bas (et je désigne les cubes, les maisons neutres), les maisons sont de fausses maisons qui font une sorte de décor pour donner l’impression qu’il y a d’autres maisons mais en fait il n’y a pas d’autres maisons. Il n’y a à peu près que des maisons où on s’amuse, sauf là (je montre le bar) : des fois les gens sont un peu tristes alors ils vont se saouler un peu. Tous les animaux sont en liberté, ils sont souvent en groupe. Il y a un cours d’eau, il passe entre ces deux arbres, c’est un peu magique. Tous les matins, il y a cette machine (mon assemblage) qui fait sortir des formes aléatoires ; donc on les prend comme elles sont et chaque matin il faut en faire quelque chose. Par exemple, il y a cette fille qui ne tient plus debout (son socle de figurine plastique est cassé), alors là c’est génial : il y a un socle exprès pour elle (je plante les pieds de la gamine en plastique dans un morceau de pâte à modeler rond et plat), maintenant elle va pouvoir marcher, elle tient debout comme elle veut. petite filleChacun est libre de faire ce qu’il veut, mais bon, il y a quand même un prêtre dans le village qui lit tous les jours des passages d’un livre aux gens, pas forcément la Bible d’ailleurs ; mais ce n’est pas vraiment le chef du village, il ne faut pas non plus exagérer, il leur amène une sorte de parole. Il y a aussi un facteur, il amène des lettres tous les jours, parce que c’est bien d’avoir des lettres. Il y a un seul panneau, le panneau prioritaire : il n’y a pas d’interdiction, tout le monde est prioritaire.

 Où est-ce que tu habites ?

 En fait, il y a des maisons… mais je ne crois pas qu’il y ait de maison particulière pour qui que ce soit. Tu vas frapper, tu entres. Si tu habites dans ce village, tu n’habites pas spécialement dans une maison, tu habites partout là où tu as envie, selon les gens, ou alors à la belle étoile.

 Qu’est-ce que tu fais dans ce village ?

 Je pense que j’écrirais, plutôt au café, parce que les gens ne viennent pas que pour se bourrer la gueule. Moi je bois juste un café, j’écris à la table, là.

 Ton endroit préféré, c’est lequel ?

 La machine. Le café aussi, j’aime bien l’idée de m’asseoir à une table pour écrire. Pour la machine j’aime l’idée d’avoir pris les morceaux de pâte à modeler, normalement c’est plutôt fait pour qu’on les modèle comme on veut. Là, elles sont comme elles sont, on les prend telles quelles et on voit avec. Comme pour la petite fille.

 L’endroit que tu aimes le moins.

 Ça (je montre l’usine).usine

 Est-ce qu’il y a du relief ?

 C’est assez plat. Par contre il doit y avoir des collines qui périmètrent.

 Du soleil ?

 Il y a cette sorte d’éclairage, le même partout. Ce n’est pas du soleil. Une lampe qui serait sur un faux ciel, elle imite un faux soleil.

 Comment circule-t-on ?

 On peut aller partout. Il y a un pont, mais on peut quand même passer sur le ruisseau. Là c’est l’entrée (je désigne le bord du plateau où est situé le panneau prioritaire). Je ne suis pas sûr qu’on puisse vraiment sortir.

 Et les relations entre les habitants, comment sont-elles ?

 Ça se passe bien. Disons que c’est un tout petit village, donc ils sont forcément très proches, ils vivent ensemble. Il n’y pas spécialement de chef du village, c’est aléatoire. Des fois ils sont amoureux (je montre un homme et une femme sur un banc). Mais, selon les jours, il y en a qui sont un peu fatigués d’être enfermés toujours dans cet endroit.

 Et si le village se fait attaquer, comment est-ce que les gens se défendent ?

 Alors là… Peut-être la machine fera sortir les formes qu’il faut pour se défendre. C’est le destin qui choisira.

Et ça s’arrête là.

≈ ≈ ≈ ≈ ≈

J’ai mis longtemps, gamin, à apprendre à faire mes lacets ; j’aurai voulu qu’on m’achète des baskets à scratches. Je boudais ; mon père, les faisant pour moi, me montrait comment faire, je ne regardais pas. Aujourd’hui : je sors dans la rue, il pleut. Mes lacets sont défaits. Je grogne ; mais je me penche, et je les noue.

[AS]

Posté par ColvillePetipont à 19:27 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , , ,